6 – Cibles remarquables


Les engagés

La politique est un sujet évidemment clivant et très délicat. 

Quand en parler n’est pas nécessaire ou utile, n’en parlez pas.

Si vous devez vous prononcer sur un sujet, soyez toujours d’accord avec l’interlocuteur dont vous voulez tirez parti. Soyez de gauche, soyez de droite, soyez du centre… Soyez ce qui vous sera le plus profitable. 

La plupart des tendances politiques s’accordent sur un point : la permanente imminence d’une catastrophe. Elle peut être climatique, civilisationnelle, sanitaire, militaire, économique, sécuritaire etc. À chaque mouvance son ou ses apocalypse(s) de prédilection, et avec elle(s) ses coupables désignés : des ennemis communs autour de la dénonciation desquels s’agrègent les idées et les personnes. 

Les biais de confirmation renforcent les convictions de l’individu politisé qui consciemment ou non cherche (et donc trouve) des illustrations et preuves que sa vision du monde est la bonne, aidé en ce sens par les algorithmes des réseaux sociaux et autres médias numériques qui lui servent exclusivement la soupe qu’il affectionne. 

Et comme dans la majorité des cas ceux qu’il fréquente partagent ces mêmes travers et convictions, le politisé s’illusionne souvent sur le rayonnement des idées qu’il chérit et sur leur poids dans la société. Il se voit plus gros qu’il n’est, et confronté à la réalité ou la contradiction peut aisément glisser vers la rigidité, la colère voire la tyrannie.   

Pour séduire ou exploiter une personne impliquée en politique, se trouver des affinités et partager des convictions se résumera souvent à tomber d’accord sur un ennemi commun dont la responsabilité dans le désastre en cours est « accablante », ennemi qu’il conviendra de dénoncer jusqu’à la mort, mais ennemi indispensable car sa laideur fantasmée nous rend très beaux dans le miroir. Dans cet esprit, notez que plus alarmiste vous serez, plus vertueux vous semblerez. Résoudre le problème déploré n’a donc qu’un intérêt très limité.

– Le gauchiste

Si votre cible est d’obédience « gauchiste », l’ennemi sera le patronat, le patriarcat, la finance, le sexisme (et/ou racisme) systémique puis le système en général. Dénoncez l’injustice, les discriminations, le pouvoir, les frontières, la guerre, les salaires trop bas, l’exploitation, le capital et les riches. Notez bien que le gauchiste est souvent obsédé par l’argent, soit qu’il n’en a pas assez et qu’il en voudrait plus (mais sans jamais l’avouer), soit qu’il (ou sa famille) en a plein et qu’il en ressent une gêne coupable. Les gauchistes entrant dans cette deuxième catégorie sont souvent les plus virulents.

Pour être crédible, vous devrez faire vôtres toutes les luttes du moment. Rapprochez-vous des antennes locales des partis, associations ou groupuscules d’extrême-gauche près de chez vous. Tenez-vous au courant, participez, rejoignez des communautés sur Internet, et indignez-vous en chœur avec les personnes qui s’y retrouvent. Si vous habitez dans une grande ville, guettez les affichages politiques, tenez-vous au courant de l’actualité des manifestations, des luttes et des victimes à la mode, qui sont très changeantes, mais reste généralement des segments minoritaires de la société. Prenez des notes car chaque portion de population peut être divisée en minorités, qui elles-mêmes seront divisées en d’autres minorités, à leur tour divisées en davantage de minorités… jusqu’au plus petit dénominateur commun. Ces minorités sont parfois en compétition les unes avec les autres pour le statut très recherché et valorisant de victime la plus « oppressée ». 

Il est d’ailleurs important de comprendre que le gauchiste divise le monde en deux camps : les victimes et les coupables. 

L’étiquette de « victime » libère (de gré ou de force) ceux qui la portent de toute responsabilité sur leur quotidien, de tout levier sur leur destinée. L’avenir et le salut de la victime sont la responsabilité (voire la propriété) de celui qui l’a labellisée et projette de la « sauver » grâce à ses super-vertus.

Idolâtrée, vénérée au nom d’une altérité qui compense la haine de soi que s’inflige le gauchiste, la victime est surtout un faire-valoir qui va donner à ses prétendus sauveurs une importance et une estime de soi dont ils seraient autrement privés. Le bénéficiaire principal de la relation (ou transaction) n’est donc pas forcément celui que l’on imagine, le sauveur ou le sauvé non plus. 

De l’autre côté du manche, les coupables sont tous ceux qui ont l’audace d’avoir une vision du monde autre que celle du gauchiste. Les coupables sont considérés comme fascistes (dits « fachos ») ou au moins réactionnaires ; ennemis du progrès, de l’égalité, de la liberté, de la justice, de la solidarité, de la paix, de l’amour (…) ils ne méritent aucun égard : ils sont le Diable. 

À propos de Diable, ne négligez jamais la dimension messianique du gauchiste : il ne s’est incarné que pour sauver le monde et ses martyrs et tient absolument à le faire savoir. C’est un être exceptionnel qui exigera la déférence et le respect qu’implique son engagement pour le « bien ». Cette exigence couplée à une extrême indignation d’apparat le rend souvent bruyant et agité et tirer parti d’un gauchiste est plus compliqué qu’il n’y paraît, ce sont souvent des personnes de beaucoup de mots et de peu d’actes dont le comportement peut devenir erratique ou irrationnel, parce que le bien peut tout se permettre, y compris le pire.  

Pour tester le potentiel d’un gauchiste, demandez-lui de vous rendre service, de vous prêter de l’argent par exemple, ou de vous aider à déménager ou à effectuer une tâche pénible. S’il décline parce qu’il doit participer à une réunion sur la meilleure façon de sauver un peuple ou une minorité dont il ignorait l’existence quelques jours plus tôt, changez de cible, vous n’en tirerez rien.

– Le droitard

Si c’est un droitard, attirer sa sympathie sera plus simple : dénoncez le déclin civilisationnel, le gauchisme culturel, le laxisme, l’invasion migratoire ou les impôts scélérats, puis accablez les fonctionnaires (des feignasses professionnelles), les politiques (des feignasses incompétentes), les chômeurs (des feignasses assistées)… sans oublier s’il est très droitard d’en mettre une couche aux étrangers (des feignasses basanées).

L’humanité vue par le droitard se divise en deux camps, celui qui […]